Liturgie des temps de fêtes

- 11 - ponctuée, chaqu e fois, d'une brève prière et d'un chant qui prolongen t et con crétisent la méd itation de l'Évangile. L'exp éri enc e mon tre que ce rythme de céléb ration est par ticul ièremen t adapté à ces recue illemen ts de la Semain e sa inte et faci lite l' as similati on de tout e leur ri ch e subs tanc e évan géliqu e. Ce même rythme liturgique est repris dans les services et offices du Triduum pascal; il contribue ainsi à souligner l'unité de la Semaine sainte et des trois jours de la célébration pascale proprement dite. Si l'on célèbre pendant la Semai ne sainte des servic es matinaux, c'est la forme liturgique de l’ office qu i se révèl e la plus adaptée. La « Liturgie des temps de fête» donne également quelques indications pour de tels services. Dès le soir du Jeud i saint, l'Église entre dans la célébration du Triduum pascal. Le recueill ement vespéral du Jeu di sai nt en fa it donc déj à part ie. Le soir de ce jo ur, l'Égli se ro ma ine célèb re une me sse qui commémore l'institution de l'eucharistie par Jésus dans la chamb re haute, mai s aussi, dans l'optique de la théo logie romaine, l'institution du sacerdoc e des prêtres. Cett e coutume d'une eucharistie vespérale du Jeudi saint n'est pas primitive. La célébration eucharistique étant le mémorial de la mort et de la résu rrect io n du Ch ris t, il ne nous parait pas reco mmanda ble qu'à ce mo me nt précis de l'année une sainte Cène du soir, le Jeud i saint, concurrence le s sainte s Cènes de s trois jours du Triduum: la célébratio n eu ch ar is ti qu e do it êt re ré se rv ée au Ve nd re di sa in t, à la nu it de Pâq ue s et au jour de Pâque s. Cé lé brer la sai nte Cène en so uven ir de l'in st it utio n de la sain te Cèn e nous ap par aît co mme une pratiq ue curi eu se qu i voil e le li en de l’euchar is ti e avec le myst èr e pa sc al pl us qu 'ell e ne le met en év id ence. No tr e tr ad it ion cu lt ue ll e ré fo rmée n' a jamais co nn u de cé lé bra ti on de la sa in te Cène le so ir du Je ud i sa in t. Il serait regrettable d'en changer. LE CARÊME Il n'y a pas si longtemps encore, le mot «Car ême» était banni du vocabulaire de l'Église réformée. Pourtant, nous avions, nous aussi, la coutume de mettre à part une série de dimanches pour préparer les fidèles aux fêtes de la Semaine sainte. Il est vrai que ce temps n'avait pas chez nous une origine spécifique ; son existenc e s'expliquait plutôt par un souci de parall élisme avec l'Avent, temps de préparation à No ë l , qu i s ' e xp l i qu ai t p a r un c er t ai n en r a c i n eme n t fo l k l o r i qu e. Mai s su rt ou t , on donn a i t à c e s di manc hes le nom de «diman ch es de la Pa ss io n». Comme ce nom l' in di qu e, il s achemin ai en t l' Égl is e vers Vendredi saint plus que vers Pâques; ils contribuaient à dissocier la croix et la résurrect ion. Il n'est pas diff icile de percevo ir là de loin tai nes in fl uen ces mé diév ales. La Réfo rma tio n n'avait pas été en mes ure de pallier le démembrement du myst ère pa scal en deux temp s sépa rés. De ce fait, on continuait de voir l a pa ssion du Seigneur sous l' angle de la souf fran ce et du sa cr ific e, bi en pl us qu e sous l' angl e du combat et de la victoi re . Sous l'in fluenc e du pi étisme, no s Égli ses on t même cont ri bu é à majo re r la cé léb ra ti on de Ven dre di sa in t, fa ce au cat holi ci sme qui d onnai t l' imp re ss io n d'e n fa ire une fê te de se co nde imp ortan ce (le jo ur n'étan t pas fé rié en pays cath oli que) . En pri vilé gian t ai nsi la cr oix, on réd uisai t Pâqu es, sans le voul oi r, à un e so rte de « happy end» de l' Év angile . On réalis e mieux au jour d'hui à qu el po int les deux fêtes forment un tout indissociable, telles les deux faces d'un myst ère un ique: le combat du Christ qui nous fait passer avec lui de la mort à la vie. Pour en reprend re conscience, il est donc bon de par ler de Ven dred i sain t, de Same di sa in t et de Pâques comme du gran d Tr id uum, et de se remémorer la définition lumineus e que la liturgie byzantine donne du mystère pascal: «Ch ri st est ressuscité des mo rt s. Par sa mo rt , il a va in cu la mo rt .» On ne s' ét onn er a pas du fa it qu e l' ap pel la ti on temp s de la Pas si on » ai t ét é re ss en ti e pa r de nomb re ux pr ot es ta nt s comme sp éc if iq ue de s Ég li se s de la Ré fo rme. El le semb le d'a il le urs nous êt re ven ue du lu th ér an is me , où ce rt ai nes Égl ise s av ai en t re mp la cé le ter me tr ad it ionn el de «Fas te nz eit» pa r ce lu i de «Pas sions zeit ». Le Ca rême se réduis ant alor s pour be aucoup de ca th ol iq ue s au x pr iv at io ns al imen ta ir es impo sé es par l' Ég li se (c f. l' expr es si on « fa ir e ca rême ») et à la confession en vue de la communion pascale, les protest ants le suspectaient de favoriser la rel igion des œuvres. Avec bonne conscience, ils estima ient pouvoir lui substit uer un temp s de la Passion, dans l' in tent ion d' insi st er sur ce que le Ch ri st a fa it po ur no us , pl utôt que su r ce qu e nous se rion s appe lé s faire nous-mêmes pour « mériter notre salu t». Mais c'était là, on le voit bien, de la petite polémique confessionnelle, aujourd'hui dépassée. De nos jours, le « Carême» n'appelle plus, dans nos Églises, de Offices du matin Le Jeudi saint Le Carême et les Églises de la Réforme

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