Liturgie des temps de fêtes

- 13 - Pa rce que le Carême est un temps où l'Église reprend conscience de la po rtée du baptême pour mieux vivre dans la grâce baptismale , c'e st aussi un temps de révision de vie. Voi là pourquoi l'Église ancienne s'occup e spéci aleme nt, à ce momen t de l'année, de ceux de ses membres dont la conduite est publique- ment en désaccord ave c la foi. Pour les ramen er, elle élabo re une discipline de la péni tence et les prive de l'eucharistie pendant to ut le Carême. Le Jeudi saint, dans un service de réconciliation, elle les accu eille à nouveau, dans la mesure où ils font état d'une repentance sinc ère. « Nous vous exho rton s à ne pa s avoi r re çu la gr âc e de Di eu en va in » (2 Co 6/ 1) . Ce tt e pa ro le de S. Pau l es t vé cu e par l' Ég li se de s premi ers siècles dans tout son sérieux. Le fait que cette disci pline de la pénitence s'est faussée au cours des siècles ne doit pas nous emp êch er de con sidérer le sérieux et la foi profonde qui l'ont suscitée, ainsi que les bienfaits qui en ont résulté, lorsqu'elle était vraiment vécue. Jusqu'au V e siècle, les diman ches seuls sont célébrés liturgiquemen t, c'est-à -dire par la célébration de l'eucharistie. Peu après, les lundis, mercredis et vendredis s'y ajoutent, puis, dès le VI e siècle, les mard is et samedis. Cela montre bien l'importance que l'Église donnait â sa préparation pascale. En résumé, on peu t dire avec un éminen t liturgiste que le Carême, une fois con sti tué, est un temps privi lé gié de renouv ellement spir it ue l pour tout e l' Égli se : «Depui s le qu atri ème si èc le, le Carême s' ét ait st ru ct ur é dan s l' Égl is e comme la pér io de de pr ép ar at io n à Pâq ues ... C' es t un e «quad ra gi nt a di er um ex er ci ta ti o », c' es t -à - di re « qu ar an te jo ur s d' ex er ci ce s sp ir it uel s », pe nd an t le sq uel s no us de vons no us pu rifier de la poussière de nos vies quotidiennes et réformer notre conduite; on voulait donc que ce soit une sor te de ret raite annuel le... Au début, le jeûne, quoique con sti tuant un article importan t, n'était pas le fa ct eu r domina nt de ce tt e pé ri od e. En géné ra l, nous pe ns on s au Ca rême comme à qu ar an te jour s de je ûn e, mais da ns sa pr emiè re or gani sa ti on , il fu t cons idér é si mplement comme qu ar an te jo ur s de pr ép ar ation» (Josef A. Jungmann, La liturgie des premiers siècles, 1962, pp. 388 et 389). Cette « sainte quarant ain e» a un enr acinement biblique évi den t. Le chi ffre 40, dan s la Bib le, signale une Enracineme nt ét ap e da ns l' hi stoi re du sa lu t. Chaque fo is qu 'i l va se pa ss er qu el qu e ch os e d' impo rt an t, qu ar a nt e un it és bi bl ique s (j our s ou an née s) l' an no nce nt. On a ai nsi le s quar an te jo urs du dél uge (Gn 7/4 ), le s qu ar an te an s du Ca rême d'Is ra ël au dé sert (Ex 16 /35, Nb 14 /33) , le s qu aran te jour s et qu aran te nu its de Moïs e sur la mont agne (Ex 24/18), et son jeûne pendant cette période (Nb 13/25). A quarante ans , Moï se avait visit é ses frères héb reux (Ac 7/23) et c'est quarante ans plus tard que Dieu lu i pa rl e da ns le bu is so n ar de nt (Ac 7/ 30 ). Saül (Ac 13 /3 1) , Davi d (2 S 5/ 4) , Sa lomon (1 R 11 /42) règnent chacun quarante ans sur Israël. Élie march e quarante jours pour att eindre la montagne de Dieu (1 R 19/8). Enfin, Jésus passe quarante jours dans le désert, récapitulant et assuman t ainsi toute l' histoire d'Israël avant d'entreprendre l' œuvre de la rédemptio n (Mt 4/2 ). Après sa résurrect ion, il se fait voir à ses disciples pendant quarante jours (Ac 1/3): l'Église va pouvoir prendre son essor. Les grandes étapes de l'h ist oire du salut sont ainsi mises en éviden ce: l'alli ance avec Noé, la dél ivranc e de la servit ude égyptienne, la promulga tion de l'alli ance et le don de la Loi au dé sert, la royau té , le début de l'époque prophétique, la venue du Messie, la nai ssance de l'Égli se. Le chi ffr e quarante signal e les rencontres successives de l'homme avec le dessein de Dieu. Il n'est donc pas étonnant que l'Église ait choisi un temps de quarante jou rs pou r revivre annuel lement le mystère de son insertion dans le plan du salut. On voit sans peine que tous ces thèmes s'interpén ètrent: l'exode d'Israël préfigure l'Église appelée à pa ss er de la mort à la vi e et à marche r ve rs le Royaume de Di eu. Annonç an t le Ch ri st, les deux pl us gr an des fi gu res de l' an ci en ne al li an ce, Mo ïs e et Éli e, pas sen t quar an te jo urs dan s la so li tu de pour se pr épar er à cont empl er la gloi re de Di eu. Avan t de pr ê cher la bonn e nouv elle et de mont er à Jé ru sa lem po ur y cé lé br er la pl én it ud e de la Pâq ue pa r sa mo rt et sa ré su rr ec ti on , le Ch ri st a sé jo ur né lu i au ss i dan s le désert . La ten tat ion est le prélu de à l'É vangil e dont la pass io n victo ri euse du Seign eu r es t la conclusion: ce n'est pas par hasard que le récit de la tentation du Christ est l'Évangile du premier diman ch e du Car ême ; il est l' an nonce du co mb at vi ct ori eu x que le Ch ri st a déci dé de me ner co ntr e Satan , et dan s lequel il ent raîne les siens . La vie chr étienn e est ainsi présent ée â l'Église, aux pén itents et au x ca té chumènes comme un combat cont re Sa tan, combat dans lequ el Jé su s-Ch ri st se ti ent aupr ès de s si ens po ur leur donn er la vi ctoi re. Aux cô tés de s péni tent s et de s caté chumèn es, le s fidè les se souv ienne nt qu 'ils sont eu x au ssi pé cheurs et do iv ent se lais ser renouv el er dans la gr âce bapt ismale pour pa rtic iper à la Cène du Seigneur. Au deuxième dimanche, l'Évangile de la transfiguration du Seigneur rap- Carême et discipline pénitentielle Signification or ig inelle du Car ême Thèmes bibliques fondamen taux

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